Marc Belbéoch: Interview de Tanja Baumgartner
BIODYNAMIS: La revue de l'Agriculture, du Jardinage et de l'Alimentation Bio-DynamiquesNo 57, pages 38 - 45, avril 2007
Marc Belbéoch: Tanja, tu es eurythmiste, membre de la Fondation suisse Sampo pour la recherche anthroposophique dans le domaine des arts et de la science, et tu es à l'initiative d'un projet avec le KIKOM de l'Université de Bern sur l'influence des mouvements eurythmiques sur la croissance des plantes. Comment tout cela a-t-il commencé?
Tanja Baumgartner: En 1986 j'ai terminé mes études d'eurythmie à l'école de Zuccoli à Dornach (CH) et j'ai eu plusieurs propositions de travail artistique sur la scène, en particulier à l'école d'eurythmie d' Oslo que j'ai décliné. J'ai pris une année entière pour m'enlever toutes les habitudes prises à l'école d'eurythmie. J'ai senti combien tous les mouvements de mes professeurs vivaient en moi, que c'était une possibilité, pourquoi ne pas imiter ces modèles, mais j'avais envie de chercher les miens. J'ai donc passé une année à me déconstruire, et à étudier « la philosophie de la liberté » et « les douze points de vue » de Rudolf Steiner. Il a aussi eu une phrase de Zuccoli qui me revient toujours à l'oreille: « Les figurines d'eurythmie sont le salut de l'Eurythmie. » Je les connaissais déjà à l'école Steiner de Bâle où j'ai fait toute ma scolarité, mais je les trouvais bizarres, elles m'attiraient beaucoup mais je n'arrivais pas à me relier à elle. Et puis des personnes sont venues me voir pour leurs problèmes de santé graves. Je ne les ai pas cherché, car je n'ai pas fait la formation d'eurythmie curative. Environ 25 ou 30 personnes. Un exemple parmi d'autres pour te montrer le genre de défi qui m'était posé: une jeune femme de 20 ans a été opérée d'une grosse tumeur au cerveau. Cela est venu tellement vite qu'il a fallu l'opérer en urgence et que le centre cérébral moteur a été amputé en partie. Quand elle s'est réveillée, tout son côté gauche était paralysé. C'était une jeune femme très intelligente, elle voulait étudier. Elle a fait de la rééducation, et aussi de l'eurythmie curative. Mais là elle n'a pas eu de chance, elle est mal tombé. Ça n'a pas du tout marché. Sa soeur est une camarade de classe et lui a dit: « Va voir Tanja, elle travaille autrement, peut-être elle va t'aider. » Elle est venue à contre coeur. Tout son côté gauche pendait comme un poids mort. Elle pouvait à peine bouger la main de 20 centimètres le long du corps. J'ai pensé: « Mon Dieu, paralysie, cerveau physique défectueux, est-ce qu'on peut faire quelque chose? » il y avait une phrase de Rudolf Steiner que en Eurythmie, le mouvement physique doit devenir éthérique. On nous l'a dit et redit à l'école d'eurythmie. Bon. Le corps physique est endommagé, mais le corps éthérique est intact. Si le mouvement eurythmique peut vraiment activer le corps éthérique, alors peut-être que le corps physique suivra. C'était pour moi la pierre de touche! J'ai commencé avec la série donnée pour les nerfs et le sang, la lettre D. Et nous avons travaillé une année entière juste la sonorité D, chaque semaine une heure. Mais ce n'était jamais pareil. Maintenant je te dirai comme ceci: chaque sonorité est comme un paysage dans lequel on peut voyager. Et tu peux développer ta sensibilité pour en découvrir toutes les nuances, les métamorphoses sans jamais t'ennuyer.
M.B: Et cette jeune femme, y a-t-il eu eu une amélioration de son état?
T.B: La première difficulté était qu'elle n'était pas du tout centrée. J'ai remarqué plus tard en donnant des cours que faire la découverte de son centre et la possibilité d'agir à partir de là était une expérience essentielle de la vie. C'était comme le chas de l'aiguille. Après plusieurs mois elle pouvait le sentir, alors que son côté gauche était au départ comme un corps étranger. Il a fallu bien entendu que je l'aide à bouger son bras, puisqu'il était paralysé. Je lui disais: « accompagne moi, ressens juste la qualité du mouvement ». Et comme dans un rêve elle a senti ce que je lui demandais. Et ce rêve est devenu plus conscient, jusqu'à ce que je me retire petit à petit et qu'elle vive elle même cette qualité, qu'elle puisse le vivre indépendamment de moi. Librement. Et avec le D on est descendu du buste dans le bras petit à petit, jusque dans les doigts. Et après le D, on a travaillé le L et d'autres sonorités encore. Les médecins lui avaient prédit, que si elle travaillait beaucoup, peut-être elle arriverait à monter le bras jusqu'à l'épaule mais pas plus haut, que physiologiquement c'était impossible de faire mieux. Et au bout de 2 ans elle pouvait faire elle même le mouvement du L au dessus de la tête. Elle en pleurait, parce qu'elle n'y croyait pas elle même. C'était pour moi une expérience clef de voir qu'elle pouvait prendre en charge son corps éthérique, le renforcer et ainsi réactiver son corps physique. J 'ai eu d'autres expérience tout aussi dramatiques, et concrètement j'ai pu voir combien les sonorités en eurythmie agissent puissamment. Puis je suis tombée moi même très gravement malade. Avec un peu de chance, dans mon cas la guérison se faisait en 2 ans, sinon cela pouvait devenir chronique et on traîne ça toute sa vie. J 'étais en train de mourir, et j'ai demandé à mon corps: « De quoi as-tu besoin? ». Je n'ai pas eu une seule seconde l'idée de regarder dans le cours d'eurythmie curative et d' en feuilleter les pages. Je suis passé à travers l'alphabet et j'ai senti par 2 fois que c'était comme une nourriture. Et j'ai pratiqué ces deux sonorités. Et les signes de maladie sont partis aussi vite qu'ils sont venus. Le médecin a dit que c'était impossible. Qu'il ne comprenait pas, qu'il devait y avoir eu une erreur dans les analyses du sang! Et en 3 mois j'étais complètement guérie. Mon beau père est un pharmacien tout à fait normal, et il m'a trouvé complètement folle d'écarter tous les médicaments, irresponsable. A ma guérison il a été content bien sûr, mais c'était peut-être une question de foi, que ça n'avait rien à voir avec l'eurythmie. Ça m'a énervée qu'il remette en question mon expérience comme ça. Je devais trouver un moyen de prouver l'effet des mouvements eurythmiques.
M.B: Et tu as trouvé?
T.B: Très vite j'ai pensé aux plantes, parce que ce sont des créatures purement éthériques, on ne peut pas dire qu'elles veulent ou pas, que c'est une question de foi etc... Ou bien elles réagissent ou pas. Mais quelles plantes? Et comment travailler avec elles? Là une petite anecdote: je travaillais dans le jardin sous une glycine. Tout à coup j'entends « Pan! » et je reçois quelque chose sur le nez. J 'étais furieuse contre les enfants du voisinage. Je leur ai crié d'aller jouer ailleurs avec leurs pistolets. Quand je me suis retournée: personne. Je me suis sentie un peu bête. De nouveau « Pan ». J'ai levé la tête, et j'ai vu les cosses de la glycine s'ouvrir, éclater et les graines rebondir contre le mur. Elles sont très belles, très esthétiques. J'ai cueilli toutes les cosses et les ai mises dans un sac en papier pour les montrer à mon mari. Et le soir j'ai commencé à raconter mon histoire quand toutes les cosses ont explosé en même temps dans le sac. On a beaucoup ri! J'ai pensé, hep là, il se passe quelque chose. Quelqu'un veut me dire quelque chose. Comme si les graines disaient: « Fais quelque chose avec moi! » Voilà comment ça a commencé. J'ai choisi une sonorité pour chacun des quatre éléments: R pour l'air, L pour l'eau, pour la terre le B, et pour le feu le S, à cause des vrilles de la glycine. Puis J'ai préparé quatre pots, je les ai marqué, j'ai pris les graines dans la main et j'ai fait les sonorités avec, trois-quatre jours jusqu'à ce que je sente: elles ont reçu quelque chose. Bon. Je les ai planté. Après, avec les pots, j'ai essayé l'eurythmie avec beaucoup de fantaisie autour des pots, avec les pots, etc... Chaque jour 5 minutes chacun. Elles ont commencé à germer, sauf le L. Rien. J'avais beaucoup d'espoir avec le L, le son de l'eau. Dommage. Peut-être la graine était morte. J'ai creusé pour voir. J'ai vu la graine énorme, pleine d'eau, remplie comme un réservoir. J'ai vite rebouché et j'ai pensé. C'est le geste du L: d'abord un créer un espace intérieur avant de sortir à l'extérieur. J'étais vraiment étonnée de voir que les plantes dans leur forme montraient le geste de l'eurythmie avec lequel elles avaient été traitées. La plante L en grandissant avait des distances entre les feuilles presque 2 fois plus grandes que les autres. Et cela n'a pas traîné qu'elle a dépassé les autres. Au bout de 20 centimètres on pouvait voir les différences entre les plantes. Les enfants ont fait chaque jour des observations, sur la forme des feuilles... Pour le B, par exemple, les feuilles sont plus ramassées, déformées, recroquevillées sur elle-mêmes. Le B, en eurythmie, c'est la force qui concentre de la périphérie vers le centre. Les feuilles étaient plus larges et plus rondes que les autres. Pour le R, la couleur était plus claire, et au bout de 3 à 4 semaines une petite araignée s'est mise là et a entouré la plante de sa toile. Le plus fou, c'est que les autres plantes étaient à 10 centimètres et que c'est celle là qu'elle a choisi. La plante est devenue malade. Pour la plante S, on a vu la différence quand les vrilles ont poussé. Elles étaient 2 fois plus grandes que les autres. J'ai été très impressionnée de voir que les plantes réagissaient de façon ciblé, intelligente, aux mouvements de l'eurythmie.
M.B: Et tu as montré tes pots?
T.B: Depuis six années je fais partie d'un groupe qui se rencontre chaque mois pour étudier la question de l'éthérique. Il est constitué surtout de scientifiques, de biologistes, de physiciens des fluides, d'un mathématicien, qui s'intéressent à cette question du point de vue de l' anthroposophie. Je suis la seule femme du groupe et j'ai été invitée comme eurythmiste. Jusqu'à présent, le groupe a recherché dans les écrits de Rudolf Steiner ce qu'il en avait dit et en a fait une compilation d'étude. Un jour je suis arrivé avec mes quatre pots en disant: aujourd'hui, on va faire quelque chose de pratique. Je n'ai rien dit sur ce que j'avais fait avec les pots. Ce qui m'a impressionné, c'est que chacun avec ses dispositions décrivait en réalité les sonorités eurythmiques. Quand je leur ai tout raconté, ça les a réveillé! Dans le groupe il y a un physicien, Stephan Baumgartner, on porte le même nom, mais on est pas du tout de la même famille! Il travaille à moitié à l'université de Berne, au KIKOM (Instance Collégiale pour les Médecines Complémentaires) et au centre de recherche pharmaceutique sur le cancer HISCIA à Arlesheim. On a pris une année et demi pour préparer le projet à HISCIA avant de le présenter à l'université de Berne. Là j'ai appris la méthodologie scientifique appliquée au centre HISCIA. On a commencé avec les graines du cresson. C'était un travail de pionnier, et j'ai dû tout inventer. J'ai cousu des petits sacs de gaze dans lequel j'ai mis 10 à 15 grammes de graines. Et les questions sont apparues tout de suite: combien de temps traiter les graines, à quel endroit, l'influence des constellations etc... Il a fallu régler tous ces détails avant de présenter le projet à l'université de Berne. Les résultats étaient là: l'expérience était reproductible.
M.B: Peux tu nous décrire le genre d'expériences que tu as faites dans cet institut?
T.B: Par exemple au laboratoire HISCIA, ils travaillent beaucoup avec les influences des constellations, surtout celles de la lune. Ils ont vu que mon traitement était de loin plus fort que l'influence de la lune sur les graines. Il a fallu trouver le temps de traitement des graines: 5 minutes par jour pendant 3 semaines, une semaine une fois une demi heure par jour et une semaine une fois 10 minutes par jour. Avec le cresson, tu vois déjà les résultats au bout de quatre jours. Déjà, cela soulève d'énormes questions: comment et où une graine sèche peut garder l'information d'un traitement par le mouvement? En gros les résultats sont que par le traitement par le geste eurythmique du B, la croissance est freinée et par celui du L, la croissance est favorisée, avec d'énormes différences sur le temps de traitement. Il a fallu ensuite mettre 16 graines exactement dans des petits sacs en plastique avec de l'eau distillée. Il y en a eu des centaines à traiter de ces sacs. Puis il a fallu les photocopier au bout de quatre jours, les numériser pour fixer les processus les numéroter et les interpréter. En janvier 2005 j'ai fait ça 60 000 fois! Puis le projet a été accepté à l'université de Berne de façon tout à fait officielle. On a fait aussi d'autres expériences avec des graines de petit pois traitées par le mouvement eurythmique du B et celui du L : traitées sèches, traitées dans l'eau, et traitées seulement en cours de croissance dans le pot. Elles ont toutes réagi et autant les B et les L ont donné beaucoup plus de fruits que les plantes témoin! Avec d'énormes différences dans la formes des feuilles.
M.B: Et les résultats ont été publiés dans une revue scientifique?
T.B: Non pas encore, c'est beaucoup trop tôt. Un premier résultat va peut-être voir le jour dans « Merkurstab » une publication allemande pour médecins d'orientation anthroposophique. C'est en cours de discussion avec les médecins. La 1 ère année de recherche à l'université de Berne, on a établi le fait de façon absolument indiscutable. Cela a été un travail quantitatif. L'expérience a été répétée un grand nombre de fois, mesurée objectivement. La 2 ème année on s'est aperçu que l'on s'éloignait du vivant, que ce soit des plantes ou de l'eurythmie. On a décidé de faire une étude qualitative sur différentes plantes. On a été invité à faire des conférences dans différents milieux comme Chemische Industrie Basel. C'est un colosse dans le domaine de la chimie. Il a suffit de montrer les plantes. J' avais un quart d'heure pour parler d'elles, de l'eurythmie et de notre projet. C'était incroyable! Sur 60 personnes, il y en a plus de a moitié que se sont montré d'un intérêt brûlant, qui m'ont donné leur carte... On a aussi fait une expérience avec Iscador dans des ampoules en verre. Le produit réagit d'une façon extraordinaire au mouvement eurythmique à tel point que le laboratoire a décidé d'intensifier les recherches dans ce domaine. J 'ai aussi invité des amis à goûter mes pots de cresson: ils ont tous un goût différent. Le cresson B est beaucoup plus âcre et épicé que le cresson L. J' ai parlé de cela avec Götz Rehm de Natura. Il s'intéresse au moyen de différencier les légumes et les fruits. Je suis en contact aussi avec une personne qui n'est pas une eurythmiste et qui fait des expériences depuis plusieurs années avec des légumes qu'elle traite par l'eurythmie: la qualité qu'elle obtient se transmet d'une génération à l'autre, avec des nuances quant aux résultats du traitement eurythmique, sonorités et durée. Il y a là aussi tout un domaine à explorer. Chaque variété de plante a ses propres lois. J' ai appris en travaillant avec les plantes que les sonorités eurythmiques sont des êtres vivants réels avec lesquels je peux développer une sensibilité: comment je perçois la plante que j'ai devant moi, comment j'utilise le mouvement et comment la sonorité peut se lier à ce mouvement. Et je peux me laisser guider par cet être Sonorité Eurythmique pour collaborer à un travail avec le végétal.
M.B: Il y aurait beaucoup à faire pour créer de nouvelles variétés de plante sans manipuler les gênes, en respectant les lois de la nature.
T.B: Il y a une indication de R. Steiner dans le cours aux agriculteurs pour créer de nouvelles variétés de céréales à partir de l'herbe sauvage. Le blé devra être remplacé par une autre variété. A notre époque il y a de plus en plus d'intolérance au blé! Je suis en contact avec un semencier en céréales Peter Kunz qui travaille dans ce sens et qui a déjà des résultats concrets. On peut cuire la nouvelle céréale! Tu vois, ça part dans tous les sens et je suis en train de fonder un institut pour former d'autres personnes, eurythmistes ou non. J'ai demandé à mes enfants de traiter des plantes chaque jour en leur promettant de l'argent de poche, et le résultat a été éblouissant. Il faut juste leur donner les bonnes indications pour cette tâche spécifique. J' ai demandé à une juriste de m'aider à créer cet institut, cette jeune femme dont je t'ai parlé au début et qui est devenue avocate. Il y a une douzaine de projets en cours en partenariat avec l'université de Berne, avec le FIbL en Suisse, avec le semencier Marius Hörner ... Le moment est venu non seulement de récolter ou moissonner les fruits de la nature mais d'utiliser un instrumentarium eurythmique pour se renforcer et pour créer en partenariat avec la nature. La nourriture peut avoir un effet de santé préventif, comme les mouvements d'eurythmie. Je pense qu'il est important de ne pas s'asseoir sur nos résultats de façon égoïste, mais de voir quels sont les besoins autour de nous. Notre institut a deux domaines d'activité: la recherche fondamentale sur le vivant - Il y a aussi la possibilité de dynamiser l'eau de façon eurythmique et d' en traiter les plantes. L'eau va être un thème central. Et la formation en eurythmie pour les personnes qui veulent agir dans ce sens. Et tous les projets en cours pour lesquels des personnes se sont engagées concrètement: l’alimentation avec la création d'une nouvelle pomme de terre à partir de la racine de yams... Et l'autre aspect est l'art. L'institut s'appellera ARTENOVA, institut d'eurythmie pour la recherche et l'art. Il y a un ensemble d'eurythmie d'adolescents qui fonctionne déjà depuis un an et demi. J'aimerai aussi y intégrer l'aspect thérapeutique et un ensemble pour les plus petits.
M.B: Je te remercie pour ces informations précieuses et je souhaite une longue vie à ARTENOVA.